Débarquement du 6 juin : histoires de vie

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70e anniversaire du débarquement : les jeunes hommes qui avaient 20 ans en 1944 ont 90 ans aujourd’hui. Toutes ces histoires de vie de la guerre ont marqué  ces jeunes gens qui sont aujourd’hui vieux. Reconnaissons leur histoire.

L’histoire de vie est un outil important dans les maisons de retraite qui aide à considérer chaque personne comme une personne à part entière. Si vous vous intéressez à l’histoire de vie du monsieur ou de la dame que vous avez en face de vous, même si vous en connaissez seulement quelques éléments, alors elle/il n’est plus simplement un patient  réduit à ses pertes et à ses manques mais une personne à part entière, digne d’intérêt.

 

 

Arbeitsdienst, la version du STO pour les jeunes Alsaciens, considérés comme Allemands
Arbeitsdienst, la version du STO pour les jeunes Alsaciens, considérés comme Allemands

Mon père, qui aurait eu 92 ans, avait subi la déportation du STO dans une ferme près de Hanovre. En  Alsace, les douleurs des enrôlés de force dans la Wermacht, les Malgré-Nous, dont beaucoup sont morts devant Stalingrad, sont toujours vivaces. Un ami de ma chorale avait lui, été sélectionné, enfant, pour faire partie des « reproducteurs de la race aryenne ». Il y échappa car son père a fait croire aux sélectionneurs qu’il pissait au lit, et son départ pour ce camp nazi de jeunes « reproducteurs » fut annulé. Dans son village, les autres enfants sélectionnés pour ce programme nazi disparurent. Il ne les a jamais revus, et ne peut en parler aujourd’hui que les larmes aux yeux.

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici une page du livre de Betty Alice Ericsson sur son père le Docteur Milton Ericsson, aux Éditions Satas, p. 103.

Milton Erickson
Milton Erickson

Dans ce passage, la jeune sœur de Betty Alice, Roxanna Erickson Klein, raconte comment un patient de son père l’effrayait  particulièrement quand elle était petite fille.

« Notre obligation, en tant que membres de la famille, était d’être polis et de bien accueillir les patients qui attendaient dans notre salon. Il y en avait un, John Doe,

Betty-Alice Erickson
Betty-Alice Erickson

avec lequel il était difficile d’entrer en contact et de bavarder, à cause de ses explosions verbales inopinées et autres comportements déplaisants, comme de laisser derrière lui une traînée de morceaux de papier qu’il avait mâchés après les avoir prélevés dans les pages de nos magazines. Bien que je me rappelle de John avec beaucoup de sympathie, à l’époque, j’étais mal à l’aise et je m’étais plaint à papa que tous les jours, à mon retour de l’école, je trouvais John  qui rôdait là, avec l’air de quelqu’un qui attend quelque chose. Je ne pouvais pas me détendre ni même aller aux toilettes avant que John ne m’appelle et me fasse subir un interrogatoire serré sur ma journée. Il voulait tout savoir de chaque cours, de chaque devoir, chaque professeur, chaque leçon, chaque enfant dans ma classe, tout en introduisant des bouts de papier dans sa bouche ou en en retirant des boulettes mâchonnées qu’il déposait ensuite sur les chaises, entre les pages des magazines ou dans d’autres emplacements inappropriés. John arrivait tellement en avance pour son rendez-vous qu’il m’accaparait presque une heure par jour. Je demandai à être dispensée du devoir de me montrer réceptive envers ce patient qui était là à m’attendre.

Roxanna Erickson-Klein
Roxanna Erickson-Klein

Papa répondit en me donnant une leçon sur la notion de « psychose traumatique ». Il parla de la tragédie des vies perdues au combat et des difficultés auxquelles sont confrontés les soldats ayant survécu aux batailles et aux misères de la guerre. Il s’affligea du fardeau de ces familles qui avait gardé le souvenir d’homme jeunes, forts et en bonne santé qui avaient quitté la maison, lorsque l’allégresse de les voir revenir se fut transformé en tragédie au fur et à mesure que le handicap et les dégâts se révélaient. Il parla de la gloire de notre nation, et du coût gigantesque de la liberté.
Je quittai son bureau avec un profond sentiment de fierté pour notre histoire et de honte pour ma propre impatience. Je me mis à considérer John Doe comme un héros méconnu, à qui je devais personnellement ma liberté. Au cours des semaines qui suivirent le problème des papiers recraché se transforma en une compétition pleine d’humour entre mes frères et sœurs et moi-même. C’était à qui pouvait trouver le plus de boulettes de papier mâché, comme s’il s’agissait d’une sorte de chasse aux œufs de Pâques.

La leçon que papa m’avait donnée visait à ce que je revoie ma propre attitude. Il m’avait fourni suffisamment d’information pour me montrer que je n’avais pas saisi la vraie force de cet homme tragique, et j’en étais ressortie en ayant totalement compris que le fait d’être incapable de bien se présenter annule pas les trésors d’individualité présents en chacun de nous. »

Milton Erickson est un grand thérapeute américain qui a réinventé une hypnose respectueuse de chaque personne. Bien au-delà de ça, il a inspiré nombre de thérapies modernes, qui parfois ignorent leur filiation : PNL, analyse systémique, thérapies brèves, et bien d’autres. J’enseigne aujourd’hui l’outil histoire de vie dans des maisons de retraite

Marie-Françoise Rochard-Bouthier avec sa fille et sa petite-fille
Marie-Françoise Rochard-Bouthier avec notre fille et notre petite-fille

 

Marie-Françoise Rochard-Bouthier avait publié

des articles sur l’histoire de vie.

Publication de M-F Rochard-Bouthier
Une publication de M-F Rochard-Bouthier sur l’histoire de vie

 

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Une réflexion sur « Débarquement du 6 juin : histoires de vie »

  1. A reblogué ceci sur Hypnose Ericksonienne à Strasbourget a ajouté:

    Comment Milton Erickson enseigne à ses enfants à comprendre l’histoire de vie de ses patients. L’histoire de vie est aujourd’hui un outil précieux pour communiquer dans les maisons de retraite. Elle permet de considérer chaque personne comme une personne à part entière, digne d’intérêt, avec ses valeurs. J’y enseigne cet outil précieux aux soignants

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