Strasbourg : suspicions de maltraitances sur des personnes âgées à la maison de retraite Saint-Gothard.

Un article des Dernières Nouvelles d’Alsace du 13/5/2014

l’affaire est sortie à la suite de plaintes de familles et du personnel. Les maltraitances sont autant psychologiques que physiques.

Mon commentaire : au-delà de la question des moyens, qui est trop souvent l’alibi du laisser-faire, quelle est la clé d’une prévention réelle ? un projet de soin des directions, pensé et concerté, qui donne du sens à l’action individuelle et d’équipe du personnel, trop souvent seul face à la personne âgée, sans réelle formation sur ce qu’est la bientraitance. Formation et projet de soin vont de pair et ne peuvent rien l’un sans l’autre.

La maison de retraite Saint-Gothard, rue de Schaffhouse à Strasbourg.  Photo DNA – Christian Lutz-Sorg

La maison de retraite Saint-Gothard, rue de Schaffhouse à Strasbourg. Photo DNA – Christian Lutz-Sorg

La maison de retraite Saint-Gothard à Strasbourg est sous le coup d’une enquête de l’Agence régionale de santé à la suite de dénonciations de cas de maltraitance. Une information judiciaire a été ouverte le 22 avril contre X pour violence sur personnes vulnérables.

Certains évoquent des insultes, des vexations, des menaces. D’autres parlent de dysfonctionnements, de comportements inadaptés. Après « plusieurs alertes restées vaines », un collectif unissant salariés et familles de résidents de la maison de retraite Saint-Gothard s’est constitué à la fin de l’année dernière, afin « d’exposer un certain nombre de faits graves subis par nos résidents » à l’Agence régionale de santé (ARS). « Ils sont le fait de trois ou quatre salariés », estime Marc Wiand, l’un des membres du collectif, dont la mère est pensionnaire de la maison Saint-Gothard. « Nous avons reçu plusieurs signalements au sujet de cet établissement », confirme Patricia Dietrich, responsable de la communication à l’ARS.

« C’est une situation exceptionnelle »

Mi-mars, l’ARS a ouvert une mission d’inspection avec une visite inopinée des lieux. Sur la foi des premiers éléments constatés, l’agence a mis en œuvre une procédure d’information auprès du procureur de la République, sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale, qui impose à tout fonctionnaire ayant connaissance d’un crime ou d’un délit d’en aviser « sans délai » le ministère public. « C’est une situation exceptionnelle », certifie Patricia Dietrich.

Sur la base des éléments fournis par l’ARS, le procureur de la République a ouvert le 22 avril une information judiciaire contre X, pour violence sur personnes vulnérables, avec et sans incapacité.

Des « faits anciens déjà sanctionnés »

Destinataire en novembre dernier du même courrier anonyme que celui envoyé à l’ARS, Luc Ernewein – président de l’Association de gestion des équipements sociaux (AGES), en charge de l’établissement Saint-Gothard – assure que ses services « ont mené des investigations. Cette lettre a attiré notre attention, mais elle faisait état de faits anciens déjà sanctionnés. »

Et de renchérir : « Il y a eu un certain nombre de cas plus ou moins graves par le passé. Chaque fois que nous avons eu connaissance d’un fait, nous avons sanctionné les auteurs. » Au cours des trois dernières années, deux employés auraient ainsi été licenciés, quand d’autres auraient fait l’objet d’un avertissement.

S’il affirme ne pas être au courant de la procédure en cours, l’administrateur est catégorique : « Il n’y a pas plus de conduites inadaptées au sein de la maison de retraite Saint-Gothard que dans d’autres établissements ».

La mission d’inspection de l’ARS devrait s’achever d’ici à la fin du mois. « Nous sommes dans la phase contradictoire », explique Patricia Dietrich. Après un rapport initial, l’établissement soupçonné a pu apporter ses observations, qui sont actuellement à l’étude.

L’instruction qui démarre devra préciser la portée de ces révélations.

« Les maltraitances sont autant psychologiques que physiques »

Parmi les résidents des EHPAD, des personnes âgées particulièrement vulnérables.  Photo archives DNA

Parmi les résidents des EHPAD, des personnes âgées particulièrement vulnérables. Photo archives DNA

Une poignée de salariés et de familles de résidents de la maison de retraite Saint-Gothard, regroupés en collectif, sont à l’origine des investigations lancées par l’Agence régionale de santé. Tous dépeignent un climat délétère.

Quelques salariés – sur la soixantaine d’employés – et familles de pensionnaires de la maison de retraite ont la ferme intention de mettre au jour les dysfonctionnements qu’ils dénoncent depuis plusieurs mois déjà. Les courriers sont nombreux, les signalements tout autant.

« Une antipathie à peine voilée »

Parmi les problèmes liés au manque de personnel, certains relèvent : « Maman a été oubliée. On a oublié de la coucher », « on a administré à ma mère un médicament qui ne lui était pas destiné », « traces de selles visibles sous les pieds ». Une femme souligne le manque « de compassion » et note dans sa missive « l’absence de personnel encadrant avant le repas du soir pour les personnes dépendantes. J’ai dû à plusieurs reprises prendre en charge des pensionnaires qui s’agressaient et j’ai dû les séparer, avant d’appeler le personnel soignant. »

S’il n’a pas été un témoin direct de violences, Marc Wiand a pu constater des comportements déplacés et « l’antipathie à peine voilée » de certains personnels à son égard.

Une autre famille, qui souhaite garder l’anonymat, déplore le manque de suivi dans les traitements, mais aussi certaines négligences au niveau de l’hygiène. Elle relate le cas d’une octogénaire contrainte de porter des couches. « La couche était pleine. On l’a changée sans même la laver », rapporte sa parente.

Dans le courrier envoyé à l’Agence régionale de santé, il est question d’un résident qui « a été secoué par les jambes par un aide-soignant de nuit », qui ne fait plus partie de la maison de retraite. « Nous précisons que ce résident est atteint de la maladie de Parkinson, qu’il souffre énormément de ses jambes », expose le collectif.

D’après les mêmes plaignants, « son épouse, en insuffisance respiratoire », aurait eu à subir des « propos déplacés et blessants à deux reprises, une fois accompagnés d’un geste menaçant » par le même aide-soignant.

« Je signale depuis des années des dysfonctionnements »

Dans les rangs des salariés de la maison Saint-Gothard, les reproches sont légion : « Absence de directives, de formation, d’objectifs précis, en plus d’une charge de travail trop importante et d’un personnel trop peu nombreux ».

« Je signale depuis des années des dysfonctionnements. Mais rien ne bouge. Chacun fait comme il veut dans cette maison, déplore une salariée. Les malades d’Alzheimer ressentent cette ambiance. Ce sont de vraies éponges. On a eu dernièrement trois à quatre chutes avec des fractures du col du fémur, ce n’est pas pour rien. Ils ne sont plus encadrés. »

« Lorsque les pensionnaires appellent pour aller aux toilettes, les attentes sont interminables. Les maltraitances sont autant psychologiques que physiques », assure un membre du personnel.

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2 réflexions sur « Strasbourg : suspicions de maltraitances sur des personnes âgées à la maison de retraite Saint-Gothard. »

  1. Un commentaire d’Anick Martin, cadre de santé à l’EHPAD Saint-Joseph à Dole : La réponse des autorités de tutelle est le contrôle, je viens de le subir. Résultat = 40 pages de rapport et recommandations qui se résument à de la formalisation des procédures, protocoles et compte rendus. Être cadre de proximité, permettre aux soignants de modéliser une pratique, susciter le questionnement aux moments de relèves devient une gageure…

  2. ..et un autre commentaire de Sylvie Lenfant, directrice d’EHPAD à Lille et formatrice en validation : Je vous rejoins tous les 2 Pierre et Anick! Le directeur a le devoir d’apporter des outils à son équipe pour qu’elle puisse appréhender le mieux possible les situations diverses et variées vécues avec la personne âgée accompagnée. Anick, les exigences de formalisation des procédures ont fait naître un nouveau métier: responsable qualité ! Mais ce n’est pas tout d’avoir de beaux classeurs de procédures…. Allier respect des exigences des partenaires tutélaires et qualité d´accompagnement ( du résident, de la famille, de l’équipe ) devient un casse tête quotidien…. Défi à relever tous les jours!

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