Le neuropsychologue Daniel Geneau forme les soignants à une autre approche des malades

Daniel Geneau  Photo La Montagne
Daniel Geneau
Photo La Montagne

Daniel Geneau, neuropsychologue québécois, plaide pour une nouvelle approche du soin relationnel, « l’approche optimale »

Un article de La Montagne (Aurillac) du 3 décembre 2012

Au-delà de 85 ans, une personne sur quatre souffre d’Alzheimer.? - photo florian salesse

Au-delà de 85 ans, une personne sur quatre souffre d’Alzheimer.

Photo florian salesse

Le malade Alzheimer n’est pas dans la raison, mais dans l’émotion. C’est sur elle que les soignants et les aidants doivent s’appuyer pour établir une relation.

Avant d’animer une conférence jeudi soir, au centre des congrès d’Aurillac, le neuropsychologue québécois Daniel Geneau multiplie les rencontres (voir ci-contre) pour partager sa connaissance de la maladie d’Alzheimer.

Qui est concerné ?

Entre 40 et 60 ans, une personne sur 10.000 est atteinte. Au-delà de 85 ans, c’est une personne sur quatre.

La maladie est-elle héréditaire ?

Dans 5 % des cas, oui. Dans les autres cas, la maladie est sporadique, mais quand même génétique. Il y a un facteur de risque, qui se transmet. Mais il a besoin pour s’exprimer de facteurs environnementaux. Donc on peut retarder, sinon éviter, la maladie par l’alimentation, l’exercice physique, le travail intellectuel, en évitant le stress, la dépression

Devant tous vos interlocuteurs cantaliens, vous plaidez pour « l’approche optimale ». En quoi consiste-t-elle ?

C’est une approche axée sur le contact émotionnel, qui doit permettre au patient de collaborer lors du soin. Depuis longtemps, les soignants apprennent à faire des soins d’hygiène avec des personnes lucides. Et ils reproduisent les mêmes comportements avec des gens qui ne comprennent pas ce qu’ils sont en train de faire. On arrive, on dit « Bonjour madame, je viens vous laver », on commence à la déshabiller, elle se sent agressée et elle vous frappe. Après, on dit que les patients sont agressifs alors qu’ils sont défensifs. On leur donne un médicament pour les calmer, c’est un cercle vicieux. Au Québec, on a formé des milliers d’intervenants à cette approche, qui aide à réduire l’agitation lors des soins, à diminuer la médication et qui redonne un second souffle aux intervenants.

Les soignants, en maison de retraite ou dans les services de gériatrie, ont-ils le temps de travailler autrement ?

Ce n’est pas un problème de moyens, c’est un problème de connaissances. L’approche relationnelle est fondée sur le fait qu’il faut en premier tenir compte de l’émotion de la personne. Les malades ne sont pas dans la raison, ils sont dans l’émotion. On arrive, on commence à les soigner, ils se sentent agressés. Il faut que la relation existe dans le concret, ici et maintenant. Il faut qu’ils nous voient sourire, il faut leur parler, les toucheræ Là, il y a une relation émotionnelle qui commence. Ça ne prend pas cinq minutes avant le soin pour regarder quelqu’un, lui sourire, lui dire « Je vais m’occuper de vous ». En quelques secondes, on peut changer complètement le climat du soin. Seulement il faut un électrochoc. Pour changer les habitudes, il faut faire vivre une émotion aussi aux intervenants. Qu’ils voient le client difficile tout à coup sourireæ

« Les aidants naturels
se brûlent »

Pourquoi la relation est-elle si difficile ?

Vous entendez souvent « Je ne sais pas quoi lui dire, il ne comprend pas ». Mais mettez un petit chien au milieu d’un groupe, tout le monde lui parle ! Avec l’animal, le bébé, on a une approche relationnelle. Vous mettez un vieux sur un banc, les gens passent, il parle tout seule.  Ce n’est pas inné d’avoir une approche relationnelle entre adultes. L’empathie, avec un malade Alzheimer, c’est essayer de se mettre à sa place, de comprendre son point de vue, de voir l’univers comme il le voit. On rentre un peu dans la maladie. Or cette maladie fait peur. La perte de soi, la perte de contrôle, ça peut être vu comme une sacrée déchéance.

Votre conférence, jeudi, sera consacrée aux aidants. Eux aussi ont besoin d’aide ?

Les aidants naturels se brûlent. Le taux de dépression parmi eux est quatre fois plus élevé que dans la population normale. Vous savez, dans les avions, quand le masque tombe, l’hôtesse dit « Mettez le vôtre avant de mettre celui des autres, sinon vous ne pourrez plus vous en occuper après ». C’est une belle imageæ Il faut mettre l’accent sur les aidants, avoir pour eux des services, des supports. Si demain ils arrêtaient, le système de santé s’écroulerait.

D’après vous, les femmes se retrouvent en première ligneæ Les aidants naturels sont à 85 % des femmes. C’est la fille qui s’occupe de sa mère, c’est l’épouse qui s’occupe du mari. Elles ne sont pas nécessairement équipées pour ça, elles n’ont pas forcément la disponibilité, il peut y avoir un problème de double relation, des conflits de rôle. Comme une espèce de rétrogénèse cognitive : la mère devient la fille. Ça devient très complexe. Elles ont le sens du devoir. Pour elles, demander de l’aide, c’est comme un échec.

Isabelle Vachias

 

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